L’Équipage

Étonnants classiques

Nom auteur: 

KESSEL (Joseph)

Titre 2: 

L’Équipage

Nouveaux programmes
EAN: 
9782081427600
Prix: 
4,90 €
Nombre de pages: 
288 pages
Parution: 
25/04/2018
Description: 

Un équipage d’aviateurs pendant la Première Guerre mondiale, c’est un pilote, chargé de manœuvrer l’avion, et un observateur, qui examine le terrain. Et l’un des meilleurs équipages de l’escadrille de Jonchery est celui de Jean Herbillon et de Claude Maury. Le jeune Herbillon rêvait d’exploits à son arrivée au front ; quelques mois ont suffi à le désenchanter. Claude, ancien fantassin, espère que son prestige de pilote lui permettra de reconquérir la femme qu’il aime. Les deux hommes ont noué une amitié fusionnelle. Jusqu’à ce que Jean apprenne que son coéquipier et lui sont amoureux de la même femme… Leur rivalité va-t-elle détruire le lien irremplaçable qui unit l’équipage ?

Avec cette œuvre, inspirée de sa propre expérience de héros de l’aviation pendant la Grande Guerre, Kessel livre un hymne bouleversant au courage et à la fraternité.

Cette édition est préconisée pour l’étude du roman dans les classes de Troisième (« Récits porteurs d’un regard sur l’histoire et le monde contemporains ») et de Première (« Le personnage de roman, du xviie à nos jours »).

Richement annotée, cette édition contient 3 groupements de textes : « idéalisation et dénonciation de la guerre » ; « la guerre et ses héros » ; « amants et maris, de la rivalité au remords ». Un cahier photos couleurs de 8 pages servira de support à l’enseignement de l’Histoire des arts.

Pdf de toute l'etude: 

Lecture de l’image 1 : du roman aux films

 

■ Affiches des films de Maurice Tourneur (1928) et d’Anatole Litvak (1935) ; images du film de Litvak, cahier photos de l’édition, p. 6-7.

 

1. Comparez les deux affiches des adaptations de L’Équipage au cinéma. Quelles parties de l’intrigue mettent-elles en valeur ? Le parti pris des réalisateurs est-il le même selon vous ?

On proposera aux élèves de comparer les deux affiches de L’Équipage. La version de Tourneur met l’accent sur la vie de l’escadrille, la communauté virile et héroïque (comme le suggèrent les nombreuses décorations du personnage au premier plan) et l’intensité d’une vie menacée par la mort (danse, folie, musique, mais aussi crâne planant sur l’ensemble de la scène). En revanche, l’adaptation de Litvak se concentre sur les personnages principaux et met en valeur le trio amoureux : le visage de l’actrice Annabella, qui joue le rôle d’Hélène Maury, est encadré par ceux d’Herbillon (Jean-Pierre Aumont) et de Maury (Charles Vanel), portant le casque de l’aviateur. Les deux visages semblent se regarder en chiens de faïence. Cette configuration insiste clairement sur le thème du dilemme passionnel. Au premier plan, les armes rappellent le contexte guerrier.

2. Décrivez la photo montrant Hélène Maury assise. Comment se manifeste la solitude et l’enfermement du personnage féminin ?

Sur le cliché du film d’Anatole Litvak, Hélène/Denise semble absorbée dans ses pensées. Sa posture reflète un mélange de tristesse et d’inquiétude. Les barres d’escaliers, les lignes verticales de la verrière, ainsi que le jeu d’ombre en croix qui se forme sur un mur fonctionnent comme une projection de son univers mental : dessinant une véritable cage autour du personnage féminin, ces éléments évoquent le caractère insoluble et angoissant du conflit qui déchire la jeune femme.

Lecture de l’image 2 : échos mythologiques et légendaires

 

■ Tableaux La Chute d’Icare (1607) de Carlo Saraceni et La Tombe d’Arthur (1855) de Dante Gabriel Rossetti, cahier photos de l’édition, p. 8.

 

1. Quel mythe célèbre représente le tableau de Saraceni ? Après avoir fait quelques recherches, expliquez le rapport que l’on peut établir entre cette histoire et l’intrigue de L’Équipage. Quelles sont les limites de cette comparaison ?

Saraceni a représenté le personnage mythologique d’Icare au moment où son vol s’achève tragiquement. Selon la légende, Icare est enfermé dans un labyrinthe avec son père et s’en échappe en se construisant des ailes attachées par de la cire. Mais enivré par la sensation du vol, et plein d’orgueil, il va trop haut et s’approche trop près du soleil dont la chaleur fait fondre la cire maintenant les ailes, ce qui précipite l’orgueilleux au sol et cause sa mort.

Après avoir rêvé de gloire et s’être cru capable d’exploits avant même de savoir voler, Herbillon « tombe de haut ». Il y a là de quoi établir un parallèle entre le parcours initiatique du héros de L’Équipage et le mythe d’Icare. On pourra donc proposer les axes de comparaison suivants : jeunesse et caractère inexpérimenté des deux héros ; ivresse des hauteurs chez Icare/désir de gloire d’Herbillon ; hybris d’Icare/orgueil puéril d’Herbillon ; punition définitive d’Icare (chute et mort)/punition provisoire d’Herbillon (« chute » au sens figuré, honte). Après plusieurs déconvenues, et grâce à l’exemple de ses camarades, le jeune aviateur comprend le sens et la valeur de l’humilité.

2. Qui sont les trois personnages figurant sur le tableau de Dante Gabriel Rossetti ? Quels liens semblent les unir ? Après avoir fait les recherches nécessaires, montrez les points communs entre la légende représentée sur ce tableau et l’histoire de L’Équipage.

Le tableau de Rossetti représente Genièvre, reine de Bretagne et veuve du roi Arthur, rencontrant son ancien amant le chevalier Lancelot, qu’elle refuse d’embrasser, près du tombeau du roi défunt. On pourra comparer le trio formé par Jean Herbillon, Claude Maury et Hélène à cet autre trio amoureux célèbre. En partant de l’analyse du tableau de Rossetti, on relèvera trois éléments communs à la légende arthurienne et à l’intrigue du roman :

– amour contrarié ;

– contexte de guerre ;

– amitié de l’amant et du mari.

Mais la situation finale est différente : c’est Arthur qui meurt, et non Lancelot, et Guenièvre reste fidèle au souvenir de son mari.

Lecture de l’image 3 : deux représentations de la guerre : Fernand Léger et Félix Vallotton.

 

■ Fernand Léger, La Partie de cartes, 1917 et Félix Vallotton, Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées, noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917. p. 3 de couverture.

 

Introduction

La période 1914-1918 constitue une rupture dans la manière de mettre en scène les combats. Auparavant, les tableaux représentaient la guerre de mouvement, où deux corps d’armées s’affrontaient en face à face, ce qui donnait lieu à des toiles mettant en exergue l’héroïsme des combattants : représentation du champ de bataille, soldats en pleine action, duels, portraits individuels des chefs d’armée… Pour de nombreux artistes du xxe siècle, cette tradition n’est plus adaptée à la réalité de la guerre des tranchées. Le fantassin se trouve face à un ennemi invisible ; le paysage n’existe plus, ravagé par les armes de longue portée ; la mort n’est plus individuelle, mais massive et anonyme. Envoyé sur le front par l’armée afin de constituer une iconographie de la guerre, Félix Vallotton le dit bien : « Peindre la guerre aujourd’hui, ce n’est plus peindre des tableaux de bataille 1. »

1. Fernand Léger, La Partie de cartes, 1917

Fernand Léger (1881-1955) fut brancardier sur le front, de 1914 à 1917. Dans ces conditions extrêmes, il réalise de nombreux dessins qui relèvent tous de l’esthétique cubiste : la décomposition des formes et des êtres, la dureté des angles, le bouleversement de la perspective, caractéristiques du cubisme, constituent un langage plastique approprié à l’impression de dislocation généralisée vécue par les soldats. Pour Léger, « il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là, qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en mille morceaux et qui l’envoie aux quatre coins cardinaux 2 ».

La Partie de cartes se distingue par ses vastes dimensions. À partir d’un thème évoquant une humanité paisible, s’adonnant à un rituel social aimable et inoffensif, Léger construit une toile profondément tragique. Les nombreuses lignes brisées, la décomposition géométrique des corps des soldats (formes rigides, robotisées, bras cylindriques évoquant des canons, doigts en forme de tubes, corps formés de cubes, de cônes et de pyramides), l’absence de regard, l’aspect métallique des tenues (les képis et les vareuses semblent refléter la lumière, comme les armes), la prédominance des couleurs froides (gris, bleu) et du rouge sang donnent à voir une communauté glacée et dépersonnalisée, dominée par l’angoisse de la mort. Pourtant, dans cette atmosphère étouffante, quelques rares objets résistent à la dislocation : les cartes, les pipes, ainsi que certaines décorations. De même, le tapis de jeu s’étale en jaune au centre du tableau. Traces dérisoires d’une humanité perdue et condamnée, ou véritables notes d’espoir ?

2. Félix Vallotton, Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées, noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917

Le titre du tableau de Félix Vallotton – Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées, noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz – est explicite : il s’agit d’une esquisse, d’une recherche. Cette toile représente le spectacle dont il est question dans les textes d’Apollinaire et de Barbusse : les fusées qui éclatent en un feu d’artifice coloré. Le but de Vallotton semble d’abord purement esthétique. Il s’extrait totalement de la réalité des tranchées pour traduire des impressions visuelles. Mais, justement, l’absence de soldat visible dans ce tableau, alors que la guerre éclate en une floraison bariolée, traduit bien la déshumanisation profonde qu’entraîne l’apparition de nouvelles formes de combat. Indifférentes à la vie et à la mort, les explosions se succèdent, sans même donner aux soldats la consolation de l’héroïsme ou de la mémoire individuelle. Nous sommes ici à mille lieues de ce qui est décrit dans L’Équipage.

1. Félix Vallotton, « Art et guerre », in Les Écrits nouveaux, décembre 1917, Lausanne, La Bibliothèque des arts, repris dans le catalogue de l’exposition Face à l’Histoire – 1933/1996, Flammarion, 1996.

2. Cité par Philippe Dagen, Le Silence des peintres, Fayard, 1996, p. 174.

Galerie Photos
Galerie vidéo
Mise en Scéne 1
Galerie vidéo mise en scène 1
Mise en Scène 2
Galerie vidéo mise en scène 2