Madame Bovary

Étonnants classiques

Nom auteur: 

FLAUBERT

Titre 2: 

Madame Bovary

EAN: 
9782081295278
Prix: 
4,50 €
Nombre de pages: 
480 pages
Parution: 
29/01/2014
Description: 

Pour son malheur, Emma Bovary est née femme et vit en province. Mère de famille contrainte de demeurer au foyer, elle mène une existence médiocre auprès d’un mari insignifiant. Pourtant, Emma est nourrie de lectures romantiques et rêve d’aventures, de liberté et, surtout, de passion. L’ennui qui la ronge n’en est que plus violent, au point de la pousser à l’adultère…

Dans cette œuvre à scandale, qui valut à son auteur un procès pour offense à la morale et à la religion, Flaubert n’épargne rien ni personne. Que le récit dénonce les dangers d’un romantisme suranné ou qu’il brocarde les « mœurs de province » avec une ironie corrosive, c’est la société du xixe siècle qui est passée au crible, sous le regard d’un auteur en guerre contre son temps et ses contemporains.

Cette édition est préconisée pour l’étude du roman dans les classes de Seconde (« Le roman et la nouvelle au xixe siècle, réalisme et naturalisme ») et de Première (« Le personnage de roman, du xviie à nos jours »).

Le dossier de l’édition revient sur le motif de la lectrice dans le roman réaliste et présente les regards critiques sur le personnage de madame Bovary.

Pdf de toute l'etude: 

Lecture de l’image 1 : chronique de l’ennui provincial

 

■ Caspar David Friedrich, Femme à la fenêtre(1822), p. 48 de l’édition, Vilhelm Hammershoi,Bedroom (1890), p. 2 de couverture.

 

1. Quelle position récurrente d’Emma dans le roman ce tableau et celui de Caspar David Friedrich reprennent-ils ?

Emma est souvent installée près d’une fenêtre, occupée à contempler l’extérieur. Dans le roman comme dans le tableau, le motif de la balustrade ou de la fenêtre sont des clichés sentimentaux et romantiques liés à l’attente et à la rêverie amoureuse. Quand elle est associée à un moment de contemplation paisible ou de recueillement amoureux, la « pause à la fenêtre » se prête à des accents bucoliques et lyriques que seule la peinture romantique peut illustrer. Les harmonies du paysage qui concordent alors avec la sérénité ou la mélancolie sentimentale de l’héroïne trouvent chez Friedrich un interprète idéal. Dans sa toile intitulée Femme à la fenêtre, le peintre voue une égale importance à l’intensité des émotions humaines et à la grandeur naturelle qui leur sert d’écrin. Par ailleurs, la palette plus lumineuse que chez les peintres symbolistes convient parfaitement à ces éclaircies de l’humeur d’Emma.

2. Après avoir relu le chapitre ix de la première partie, dites quels sentiments communs sont illustrés par le récit de la vie d’Emma à Tostes et le tableau du peintre scandinave Hammershoi.

Ce tableau symboliste illustre à merveille la mélancolie et le sentiment d’enfermement qui dominent Emma pendant son séjour à Tostes, peu après son mariage avec Charles. Le premier plan de la toile, plongé dans les ténèbres, s’accorde à l’ennui hivernal de cette page. L’opacité de la scène (le personnage est de dos en robe de chambre) traduit la dépression sans cause réelle qui accable le personnage d’Emma, et l’impossibilité qui est la sienne d’exprimer ce malaise existentiel.

3. Flaubert a présenté Madame Bovary comme un « livre sur rien ». Dans quelle mesure peut-on dire que le tableau de Hammershoi intitulé Bedroom est également dépourvu de toute dimension narrative ?

La femme représentée de dos reste insaisissable pour le spectateur. Les motivations de sa « pose à la fenêtre » demeurent secrètes : on ne sait pas si elle attend quelqu’un avec impatience, si elle observe la rue par curiosité, si elle rêve ou si elle trompe l’ennui. L’impersonnalité de la pièce, l’absence d’objets ou de détails de la vie quotidienne ne donne pas plus d’indications. Enfin le temps, grisâtre, ne laisse pas deviner de quel moment du jour et de l’année il peut bien s’agir.

4. Après avoir fait des recherches sur le peintre et son œuvre, dites quelles sont les principales harmonies de couleur qu’il utilise. En quoi ce choix s’accorde-t-il bien au roman de Flaubert ?

Vilhelm Hammershoi (1864-1916) est un peintre danois, connu pour sa prédilection pour les intérieurs énigmatiques aux murs clairs et nus. Ses pièces, souvent vides, sont à peine habitées par des apparitions féminines qui nous tournent le dos, perdues dans leurs pensées. Privilégiant les tons gris, brun et blanc, les paysages et les portraits de ce peintre, dépourvus de toute dimension narrative, dispensent une atmosphère étrange.

Les tons monochromes du tableau de Bedroom (le peintre utilise un camaïeu de blanc-gris-noir), la prostration de la figure féminine et la sensation d’enfermement domestique qui se dégagent de la scène correspondent parfaitement à la solitude douloureuse qu’éprouve Emma au côté de ce mari pour lequel elle n’a que mépris.

Lecture de l’image 2 : la mort de madame Bovary

 

■ Edvard Munch, La Mère morte et l’Enfant (1893) et Albert Fourié, La Mort de madame Bovary (1883-1908), p. 3 de couverture.

 

1. Après avoir relu le chapitre viii de la troisième partie, comparez les tableaux de Munch et de Fourié. Lequel des deux est une fidèle illustration de la scène écrite par Flaubert ? Lequel vous impressionne le plus ? Justifiez vos réponses.

Le tableau de Fourié illustre ce passage du roman : « la chambre, quand ils entrèrent, était toute pleine d’une solennité lugubre. Il y avait sur la table à ouvrage, recouverte d’une serviette blanche, cinq ou six petites boules de coton dans un plat d’argent, près d’un gros crucifix, entre deux chandeliers qui brûlaient […]. Pâle comme une statue et les yeux rouges comme des charbons, Charles, sans pleurer, se tenait en face d’elle au pied du lit, tandis que le prêtre appuyé sur genou marmottait des paroles basses » (p. 424, l. 534-544). Le tableau réaliste de Fourié représente précisément les personnages et leurs fonctions ; on reconnaît Charles debout au pied du lit, ainsi qu’un homme d’église, l’abbé Bournisien, assis derrière lui. Un crucifix est posé sur la table de chevet, près d’un candélabre qui brûle (remplaçant sans doute les deux chandeliers du texte). Les tons froids, ocre et gris, sont à peine éclairés par la lumière jaune du cierge qui jette des reflets bleutés sur les tissus de la literie. L’immobilité et l’abattement des personnages, le silence qui règne dans la pièce rendent bien l’atmosphère solennelle et lugubre du texte. L’impression de rigidité est accentuée par la perspective très nette créée par les nombreuses formes rectangulaires qui se répondent (la table de chevet, le napperon, le lit, le dessus de lit, la porte, les cadres dans le coin, la fenêtre, les carreaux de la fenêtre, le rideau). L’ensemble de ces lignes donnent une impression de rangement pétrifié et d’ordre, expression d’une douleur impersonnelle et codifiée qui ne laisse aucune place au débordement du chagrin.

Les élèves seront invités à comparer la fidélité illustrative de cette toile avec la force expressionniste de celle de Munch. On montrera que, malgré sa précision réaliste, cette œuvre sans véritable protagoniste de Fourié échoue à rendre la violence de l’agonie d’Emma. La douleur violente de la petite fille de Munch, si elle n’est pas une illustration littérale du dénouement du roman, rend finalement davantage justice à la force subversive de l’écriture flaubertienne, à l'obscénité presque insoutenable de la déchéance physique. L’économie de détails et le prisme distordant la réalité impressionnent finalement bien plus le spectateur que l’académisme de Fourié.

2. Edvard Munch appartient au mouvement expressionniste. Cette esthétique fondée sur la subjectivité profonde de l’artiste présente une vision déformée de la réalité pour susciter l’émotion du spectateur. En quoi ce tableau La Mère morte et l’Enfantrépond à cette définition ?

À côté de la précision réaliste de celui de Fourié, le tableau de Munch paraît une esquisse, mais sa maladresse n’est qu’apparente. L’enfant en occupe le centre et s’interpose entre le lit de la défunte et le spectateur, tout en tournant le dos à la scène. La peur et le chagrin de la fillette, son refus d’écouter ce qui se dit autour du lit de sa mère, prennent à témoin le spectateur, interpellé par son regard frontal. Ainsi, si les deux toiles traitent le thème de la mort au foyer, le tableau de Fourié donne à voir une scène, figée dans une pose de deuil où les personnages évoluent, indifférents au spectateur, tandis que Munch crée presque un portrait en acte qui incarne la douleur d’un personnage, à laquelle le spectateur est sommé de prendre part.

Dans cette toile, la déformation de la réalité et le contraste des couleurs soulignent de manière expressive la douleur de l’enfant. D’une part, la petite fille est vêtue de rouge comme si elle était une plaie à vif, alors que les silhouettes sombres de l’arrière-plan portent déjà les couleurs d’un deuil codifié. D’autre part, la mère morte semble sans chair, exsangue, sa pâleur se confondant avec celle de son lit et de ses draps. Cette absence de couleur, non réaliste, rend plus perceptible les lignes du dessin et montre que la mère n’est plus qu’une image de papier ; à proprement parler, elle n’existe plus.

3. Le peintre norvégien Munch place l’enfant au centre de sa composition. Au contraire, Flaubert ne réserve qu’une place modeste à Berthe, la fille d’Emma, au moment de la mort de sa mère. Quelles émotions ces deux traitements de l’enfance confrontée à la mort suscitent-ils chez le lecteur et le spectateur ?

Dans le texte de Flaubert, l’incompréhension de l’enfant est frappante. Elle croit qu’on l’amène au chevet de sa mère pour que celle-ci lui donne des étrennes, qu’elle s’étonne de ne pas recevoir, et ranime par des questions sur sa nourrice des souvenirs d’adultère douloureux pour sa mère mourante. Berthe est un témoin porteur d’une forte ironie tragique pour le lecteur, car elle n’est sensible qu’à des éléments physiques (la sueur abondante d’Emma, ses traits déformés). Son point de vue matérialiste d’enfant renforce le réalisme très cru et sans concession de la mort d’Emma.

Ce n’est pas l’absence d’émotion qui caractérise le personnage de la fillette dans le tableau de Munch mais, au contraire, sa grande lucidité. Elle paraît avoir tout à fait compris ce qui se passe, et tente de le refuser en se bouchant les oreilles. Par son attitude, elle s’oppose aux adultes qui agissent et parlent entre eux. Elle refuse d’entrer dans le rituel de la veillée de la morte, qui tente de transformer le drame intime en cérémonie sociale.

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