Une partie de campagne et autres nouvelles au bord de l’eau

Étonnants classiques

Nom auteur: 

MAUPASSANT

Titre 2: 

Une partie de campagne et autre nouvelles au bord de l’eau

EAN: 
9782081444829
Prix: 
2,90 €
Nombre de pages: 
160 pages
Parution: 
22/08/2018
Description: 

Un déjeuner sur l’herbe au bord de la Seine par un beau dimanche de printemps : les Dufour – une famille de boutiquiers parisiens – y pensent depuis des mois ! Mais bientôt les douceurs du fleuve font basculer le destin de ces respectables bourgeois.

Aux abords de la Seine et de ses enivrantes guinguettes, Paul, lui, découvre un nouveau visage chez celle qu’il aime passionnément. Avec Maupassant, les reflets de l’eau font apparaître de troubles vérités et d’inquiétants cadavres…

Dans ces nouvelles, la rivière, associant la beauté et la laideur, le sublime et le trivial, incarne l’esthétique réaliste de l’auteur.

 

Un cahier photos couleurs réunit une quinzaine de tableaux (empruntés à la peinture galante, impressionniste et symboliste) autour des plaisirs de l’eau. Il propose en outre quelques clichés de Partie de campagne, la célèbre adaptation cinématographique de Jean Renoir (1936).

 

■ Manet, Le Déjeuner sur l’herbe (1862),

cahier photos, p. 5

1. Les personnages de ce déjeuner sur l’herbe appartiennent-ils à la même classe sociale que les Dufour ? Faites une recherche sur le modèle du nu qui a posé pour ce tableau. Qui était-ce ?

Contrairement aux Dufour, qui appartiennent à la petite bourgeoisie commerçante parisienne, les deux hommes de cette scène sont issus de la bonne société comme le laissent deviner leurs vêtements soignés, leur allure de dandys, et le flacon en argent qu’on peut discerner parmi les victuailles du pique-nique. Dans la figure du nu, on reconnaît Victorine Meurent, cette flamboyante rousse au teint de Flamande, qui posa de nombreuses fois pour le peintre, notamment dans Mlle V. en costume d’espada.

2. À sa première exposition au Salon des Refusés, en 1863, ce tableau a suscité un certain scandale auprès du public. À votre avis, qu’est-ce qui a pu lui paraître choquant et incongru ?

La présence d’une femme nue dans une scène de pique-nique au bord de l’eau, au côté de jeunes hommes habillés de la tête aux pieds, fut la cause des réactions indignées du public. Dans le cadre d’une figure mythologique (Diane ou Vénus), le nu était acceptable, mais il s’agissait d’une nudité esthétisée, extrêmement conventionnelle. Il était en revanche irrecevable, au xixe siècle, de représenter une nudité réaliste. Le caractère identifiable du modèle, la franchise de son regard, et la dimension anecdotique de la scène de genre excluent ici ce type d’interprétation allégorique. C’est ce réalisme de la nudité, que ne motivait nulle référence mythologique, qui fit scandale.

3. Après avoir recherché et observé une reproduction du Concert champêtre de Giorgione et une autre de la gravure de Marcantonio Raimondi, Le Jugement de Pâris, d’après le peintre Raphaël, précisez les emprunts qu’a faits Manet à chacune de ces œuvres pour composer son Déjeuner. À ces deux œuvres de la Renaissance, Manet emprunte respectivement la juxtaposition de figures masculines vêtues et de figures féminines nues (Giorgione), et la pose des trois personnages centraux (Raimondi). Les clins d’œil du peintre à l’histoire esthétique s’adressent aux connaisseurs et signalent la dimension intellectuelle et classique de l’œuvre : elle dialogue avec d’illustres modèles tout en leur rendant hommage.

4. Un mélange de contemporanéité et d’idéal atemporel caractérise ce tableau : recensez quelques-uns des éléments illustrant chacune de ces deux notions.

Les costumes, la présence reconnaissable d’un modèle, les vêtements épars féminins qui témoignent que la femme s’est bien dévêtue délibérément, les marques concrètes du déjeuner et les reliefs du repas champêtre sont autant d’indices de contemporanéité qui plaident en faveur d’une lecture réaliste de l’œuvre. Simultanément, les poses classiques des personnages, notamment des figures féminines qui ressemblent à des divinités ou à des nymphes, l’idéalisation du corps nu, et le caractère irréel de la nature à l’arrière-plan, tendent au contraire à donner au tableau une dimension de paysage allégorique classique, dans la tradition illustrée par Poussin, par exemple dans son cycle des Saisons.

5. Intitulé à l’origine Le Bain, cette œuvre a été ensuite rebaptisée Le Déjeuner sur l’herbe. À cet égard, que vous inspire la pièce d’eau qui figure à l’arrière-plan et la femme vêtue d’une robe de voile qui s’y baigne ?

Du point de vue de la perspective, la taille de cette figure est démesurée par rapport à son éloignement. En outre, elle ressemble à la vision idéale d’une nymphe ou d’une naïade. Loin du réalisme des bords de Seine, qui caractérise les nouvelles de Maupassant, la pièce d’eau peinte ici par Manet semble tout droit sortie d’une antique Arcadie. On peut supposer que les personnages, sans doute artistes-peintres, devisent de leurs sujets et de leurs tableaux. Le geste démonstratif de l’homme à droite du tableau tend à confirmer une telle lecture ; l’artiste semble ici imaginer, mettre en scène et montrer, en même temps, ce que pourrait donner la représentation d’un nu dans un tel décor. En éloignant la possibilité d’expliquer la nudité par le motif de la baignade, le changement de titre semble décourager toute recherche triviale des circonstances de la représentation et encourager au contraire une lecture allégorique de l’œuvre.

■ Renoir, La Promenade (1870)

1. Recherchez les lignes exactes de la nouvelle auxquelles ce tableau pourrait servir d’illustration.

« Henriette s’appuyant sur le bras de Henri, ils s’avancèrent entre les branches. “Courbez-vous”, dit-il. Elle se courba, et ils pénétrèrent dans un inextricable fouillis de lianes, de feuilles et de roseaux, dans un asile introuvable qu’il fallait connaître, et que le jeune homme appelait en riant “son cabinet particulier”. » Le tableau de Renoir, d’une indéniable force narrative, semble raconter une histoire, ce qui le dispose tout particulièrement à illustrer la nouvelle de Maupassant. Attention cependant à ne pas commettre d’anachronisme : datée de 1870, l’œuvre du peintre précède d’une dizaine d’années l’écriture de la nouvelle.

2. Quelle est la proportion d’espace occupée par les figures de l’homme et de la femme dans cette scène ? Que peut-on en déduire à propos de l’intention de l’artiste : sa priorité concerne-t-elle le paysage, la nature ou la relation nouée par les deux personnages ?

Contrairement à Monet, qui a souvent peint les mêmes lieux, Auguste Renoir s’intéresse aux figures humaines, dont il cherche à capter les émotions et les sentiments sur le vif, plus qu’aux paysages et aux effets de matière. C’est ce qui traduit ici l’espace accordé au couple dans l’ensemble de la représentation. La nature est un écrin, mais l’homme et la femme, embarqués dans une aventure galante, sont bien le sujet principal de la toile.

3. Qualifiez la palette chromatique utilisée par le peintre : est-elle réduite ou au contraire étendue ? La robe de la femme est intégralement blanche alors que le promeneur porte une veste noire. À quel autre élément fait écho cet emploi du noir ?

Le peintre utilise ici une palette très restreinte qui tourne autour du vert, du blanc et du noir. De cette uniformité chromatique se dégage une impression d’intimité et de fraîcheur, en même temps qu’un certain manichéisme. La blancheur de la toilette féminine connote l’innocence, tandis que les teintes sombres partagées entre le promeneur, qui arbore une veste noire, et la végétation profuse suggèrent peut-être l’énigme inquiétante du désir amoureux et l’entreprise de séduction.

4. Auguste Renoir use d’une même touche duveteuse pour le traitement des étoffes et la végétation : quel est l’effet général produit par cette technique ? L’ambiance générale vous paraît-elle galante, heureuse, ou au contraire inquiétante et ambiguë ?

Une certaine douceur idéale caractérise la manière de Renoir et insiste sur la fusion de l’humain et du végétal. Outre le dénouement galant que connaîtra ou non cette promenade, c’est bien ce bain de nature, cette immersion dans le détail des feuilles et des herbes folles qui confère à cette représentation sa poésie sylvestre. L’atmosphère générale qui se dégage de cette scène est galante et apaisée, noyée dans une sorte de bien-être.

5. Les figures de l’homme et de la femme ne sont pas traitées de la même manière : les positions de leur corps, leurs expressions, les jeux d’ombre et de lumière sur leurs vêtements, leur inscription dans la profondeur de champ de l’espace diffèrent. Précisez en quoi.

Encore droite, la femme apparaît au premier plan, en pleine lumière, sa robe agrippée seulement à l’arrière par la végétation, et son corps magistral se détachant sur le fond de végétation, tandis que l’homme est courbé, vu en contre-plongée, au second plan, son pantalon plongé dans l’ombre que projettent les feuilles et tout le haut de son corps se confondant avec les branches et les feuilles des arbres. Cette différence de traitement suggère deux rôles bien distincts : la jeune femme se laisse passivement guider, tandis que l’homme, à la façon d’un faune, l’entraîne dans les entrelacs d’une nature sauvage (métaphore du désir).

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