Mon coeur qui bat

Étonnants classiques

Nom auteur: 

COLLECTIF

Titre 2: 

Mon coeur qui bat

Nouveaux programmes
EAN: 
9782081385122
Prix: 
3,70 €
Nombre de pages: 
192 pages
Parution: 
31/08/2016
Description: 

« Donne-moi mille baisers, et puis cent, et puis mille autres, puis une seconde fois cent, puis encore mille autres, puis cent » (Catulle, Élégie pour Lesbie).

Invitation à découvrir ou redécouvrir la poésie amoureuse, ce recueil se compose d’une soixantaine de poèmes, certains très connus, d'autres plus confidentiels, qui s'articulent autour de grands axes thématiques, doublés d'une perspective chronologique.

 

Pdf de toute l'etude: 

Lecture de l’image : représentation du baiser dans la peinture surréaliste

Corrigé des questions de la partie « Histoire des arts », p. 174-175.

 

  •  René Magritte, Les Amants I (1928), p. 8 du cahier photos.

Observation et description

Un tableau qui fait du cinéma

1. Portrait d’un couple vu de profil : Magritte représente deux amants qui s’embrassent, debout, les têtes dissimulées sous des étoffes drapées. L’angle de prise de vue est frontal, en légère contre-plongée, ce qui a pour effet de les rehausser. Le plan utilisé est le plan rapproché, comme pour une photo ou un plan cinématographique. L’artiste fait ainsi entrer le spectateur dans l’intimité du couple.

Dehors ou dedans ?

2. Le décor est minimal : à droite un mur surmonté d’une corniche (qui crée de la profondeur de champ) et un pan de plafond en bordure supérieure. En arrière-plan, un ciel sombre se substitue au mur du fond, comme si la scène se passait à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. On observe une correspondance entre les couleurs du décor et celles des personnages : le rouge du vêtement de la femme est identique à celui du mur, la veste sombre de l’homme s’accorde avec la couleur foncée du ciel-mur en arrière-plan. Les draps blancs qui recouvrent les têtes des amants renvoient à la couleur du plafond et de la corniche. Les tenues vestimentaires correspondent à la mode de la date de création du tableau (1928). L’homme porte veste et cravate noires sur une chemise blanche, avec col à rabats courts et rapprochés (col anglais). La femme porte une robe ou un chemisier, en tissu léger, sans manches, découvrant le haut de son bras droit, seule partie visible du corps dans tout le tableau. Les habits indiquent ainsi qu’il s’agit d’un couple issu d’un milieu aisé.

Éclairer en cachant

3. Le regard se focalise sur la joue gauche de l’homme, mise en évidence par un éclairage rasant, à la façon d’un projecteur de théâtre qui serait extérieur au tableau. L’effet de clair-obscur produit souligne le relief et la texture des étoffes qui enveloppent les têtes des amants. Ainsi, le point d’union des amants, le baiser, se trouve-t-il laissé dans l’ombre. Plutôt que de le mettre en lumière, l’éclairage cru cache au contraire l’essentiel : le contact charnel, dissimulé également par l’étoffe qui recouvre les têtes. L’effet est théâtral, il dramatise la scène et met le spectateur devant ce que Magritte appelle le « visible caché ».

 

Interprétation

Le spectateur en voyeur déçu ?

1. Le spectateur, qui assiste pourtant à une scène d’intimité du couple, devient un « voyeur » insatisfait car il devine le baiser mais ne le voit pas. Les étoffes cachent les visages et l’identité du couple qu’on imagine jeune, d’après la posture droite, de l’homme et de la femme, et la peau ferme de cette dernière. Le spectateur, frustré de ne pouvoir soulever les tissus et apercevoir les visages de ces deux « fantômes », reste sur sa faim. Magritte, et les surréalistes en général, se plaisaient en effet aux jeux de masques et admiraient Fantômas, personnage masqué inquiétant et mystérieux, créé par Souvestre et Allain et popularisé par le cinéma de Louis Feuillade, une des sources d’inspiration du tableau.

Du théâtre tragique ou du cinéma fantastique ?

2. Les couleurs sont à dominante froide (des dégradés de blanc et de gris, du noir, du bleu sombre) et sont réchauffées par le rouge de la robe et du mur. Le rouge et le noir sont symboliquement les couleurs de la passion et de la mort : Éros et Thanatos. Les drapés sur la tête des amants font penser aux draps des fantômes, ou, dans un registre plus sérieux, aux linceuls des morts. Mettant en scène un « dedans-dehors » fantastique, le décor fascine : entre deux espaces, un ciel ténébreux côtoie une chambre bourgeoise, à l’instar d’un décor de théâtre en trompe-l’œil ou d’une scène de cinéma fantastique avec trucage de l’arrière-plan.

Un baiser voilé

3. Ce baiser énigmatique intrigue et inquiète. Les têtes drapées, dont le relief est accentué par la lumière rasante, ressemblent à des sculptures de marbre qu’on aurait posées sur des corps vivants. Des symboles inquiétants placent le couple entre la vie et la mort, entre l’amour physique et son interdit. Le titre du tableau n’est pas « Le Baiser » mais « Les Amants » dont Magritte fera une série de quatre tableaux la même année. Ce titre suggère peut-être un amour caché, proscrit par la morale bourgeoise. On a souvent interprété ce tableau en se référant à la mère de Magritte, qui mourut noyée et fut retrouvée le visage recouvert d’une étoffe. Le peintre, pour sa part, préfère produire « des images qui évoquent le mystère du monde » et pense que « celui qui regarde le tableau représente le tableau ». Cependant, ce baiser voilé énigmatique suscite de multiples conjectures : l’amour aveugle ; l’amour étouffe ; pour vivre heureux, vivons cachés ; quand on s’aime, peu importe l’apparence – telles sont les nombreuses interprétations que l’on pourrait faire de ce tableau… Face à cette incertitude, le doute demeure, signe – sans doute – que l’artiste a réussi son pari.

Galerie Photos
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Mise en Scéne 1
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Mise en Scène 2
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