Boule de suif

Étonnants classiques

Nom auteur: 

MAUPASSANT

Titre 2: 

Boule de suif

Nouveaux programmes
EAN: 
9782081342712
Prix: 
3,20 €
Nombre de pages: 
126 pages
Description: 

Une prostituée fuit les Prussiens en 1870, dans une malle-poste, avec des notables normands de son village. Elle cède à un officier prussien pour laisser repartir la voiture qu'il maintenait arrêtée avec tous ses occupants. Mais au lieu de recevoir la gratitude des autres passagers, elle ne trouve que leur mépris. Avec des outils pédagogiques pour faciliter la lecture et la compréhension du texte.

■ Illustration extraite de Maupassant, Boule de suif, Magnier, 1897, par François Thévenot, et plan extrait du film Boule de suif de Christian-Jacque, 1945, cahier photos de l’édition, p. 3.

1. Dans l’illustration de François Thévenot et dans le film de Christian-Jaque, identifiez les personnages. Analysez les jeux de regards et les gestes.

Isolé au centre de la pièce, l’officier prussien semble dominer de toute sa hauteur le petit groupe qui se terre à gauche, et dont les regards sont braqués sur lui. On aperçoit Boule de suif, appuyée contre la table, qui tente de s’abriter de son regard derrière les autres voyageurs. Derrière elle se tient sans doute Cornudet, descendu le dernier après elle de la diligence. Les autres voyageurs sont plus difficiles à identifier, ce qui souligne le fait qu’en dépit des différences d’origines sociales, ils vont finir par faire corps contre Boule de suif. À l’arrière-plan et à droite de l’officier, deux autres prussiens sont assis à califourchon sur leur chaise. Leur posture à la fois désinvolte et arrogante contraste avec la tension qui se dégage du groupe de personnages massés à gauche et renforce le sentiment de menace qui plane sur la scène.

Le plan du film nous montre Boule de suif entourée, de gauche à droite, par Loiseau (en face d’elle), Carré-Lamandon (assis à sa droite) et le comte de Bréville (debout à sa gauche). On aperçoit également l’aubergiste au second plan, mais on peut noter qu’aucune des voyageuses n’est visible. Tous les regards semblent converger vers Boule de suif ; quant à elle, elle fixe Loiseau comme si c’était à lui qu’elle allait répondre.

 

2. À quelles scènes ces documents font-ils référence ?

La gravure de François Thévenot dépeint la scène où l’officier prussien examine les papiers des voyageurs à leur arrivée à l’auberge (p. 46).

Le plan du film de Christian-Jaque correspond sans doute à un moment des scènes décrites par Maupassant dans les pages 61 à 65 : l’ensemble des voyageurs se concerte pour tenter de convaincre ou de contraindre Boule de suif de céder à l’officier prussien.

 

3. Comment les deux images suggèrent-elles l’idée que Boule de suif est prisonnière de la situation ?

La gravure de Thévenot est structurée par le jeu de lumière qui éclaire la partie de la pièce où se tiennent les prussiens et qui laisse dans la pénombre le groupe de voyageurs. La nudité de la salle et le désordre des objets n’en font pas un lieu accueillant. Boule de suif, ainsi que les autres voyageurs, semblent à la merci de l’officier.

Dans le plan du film, ce sont les gestes des personnages masculins qui, attrapant tous les trois le bras ou la main de Boule de suif, suggèrent qu’elle n’a pas d’échappatoire. Le cadrage est serré sur le groupe, ne laissant aucun espace au décor, ce qui augmente l’impression d’enfermement.

■ Gustave Brion, « Fantine implorant la pitié de Javert », illustration des Misérables, 1862, et Adolphe Pierre Riffaut, « La Dame aux camélias », L’Artiste, 1er décembre 1851, cahier photos de l’édition, p. 6, Claude Monet, Nana, 1877, cahier photos de l’édition, p. 7.

1. Pour chacun de ces documents, identifiez le thème que l’illustrateur ou le peintre a voulu mettre en valeur. Précisez par quels moyens il y parvient (composition, couleur, lumière, etc.).

– Fantine : la prostituée victime, objet de compassion

Dans cette gravure en noir et blanc, la lumière structure la lecture de l’image, en soulignant la blancheur de la robe de Fantine, ce qui la désigne comme innocente. La lumière fait également luire la baïonnette, d’une parfaite verticalité, et le plateau de la table, horizontal, dessinant ainsi des lignes droites dont la stricte géométrie contraste avec la posture de Fantine et la torsion de son corps. Le demi-cercle des personnages debout semble enfermer et condamner la femme qui implore leur pitié. Le regard du spectateur suit naturellement la diagonale formée par la longue jupe de Fantine, son visage et celui de Javert : l’effet produit s’apparente à ce que le cinéma obtient en cadrant en contre-plongée, accentuant ainsi l’impression de toute-puissance et de domination qui se dégage du personnage masculin.

On pourrait reprendre les mots de Victor Hugo dans l’épigraphe des Misérables pour les appliquer à cette illustration : « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, […] tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; […] des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. » (Hugo, Les Misérables, Flammarion, coll. « Étonnants Classiques », 2013, p. 32)

 

– La Dame aux camélias : la courtisane généreuse, personnage tragique

En choisissant un cadrage relativement serré, et en éliminant tout décor, l’illustrateur concentre le regard sur le personnage, sans glisser le moindre signe qui permettrait de l’identifier comme une courtisane. Aucun bijou, aucun luxe ostentatoire, une tenue extrêmement sobre et discrète : la représentation prend le spectateur à contre-pieds, et à l’instar du titre du roman, représente une « dame » uniquement reconnaissable au camélia qu’elle tient à la main, qui pose de manière quasi frontale et hiératique, indifférente à la séduction qu’elle exerce.

 

– Nana : séduction, corruption et destruction

À la différence des deux illustrations précédentes, Nana est représentée dans un intérieur luxueux, riche de détails décoratifs hautement symboliques : mobilier coûteux, décor mural dans le goût oriental en vogue à la fin du xixe siècle. Elle est en train de se maquiller, face à un miroir, et on aperçoit sa robe posée sur une chaise à gauche. Surprise dans un moment d’intimité, debout au centre exact du tableau, elle n’en fixe pas moins le spectateur et capte en retour son regard, lequel avait déjà été attiré par les grands aplats de couleurs claires du jupon et du corset. Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on s’aperçoit de la présence d’un homme assis à droite, que le peintre a choisi de représenter seulement de manière partielle. En jouant sur les contrastes de couleurs (tons clairs et froids au centre du tableau, plus sombres vers la périphérie), et la composition qui permet de suggérer ce qui est hors-champ, le peintre évoque à la fois le côté séducteur de la femme qui attire le regard de l’homme, et l’ambiguïté d’une situation où l’on ne sait, de l’homme ou de la femme, qui est la victime.

 

2. D’après vous, de quel type de figure peut-on davantage rapprocher Boule de suif ? Justifiez votre réponse, en vous appuyant non seulement sur la description physique du personnage, mais aussi sur le portrait psychologique et moral qu’en dresse Maupassant.

Il semblerait qu’en créant le personnage de Boule de suif, Maupassant ait réussi à renouveler très largement la figure de la fille de joie, telle qu’elle s’était développée dans la littérature et les représentations iconographiques du xixe siècle.

Si Boule de suif ne peut guère être rapprochée de Nana, figure de la prostituée corrompue et corruptrice, cette dernière est néanmoins importante pour comprendre la nouvelle et l’intention critique de l’auteur car elle correspond à l’image que les autres voyageurs se font d’une fille de joie et incarne en quelque sorte leurs préjugés.

Boule de suif, femme généreuse n’hésitant pas à partager son repas, parlant d’une voix humble et douce (p. 40), serait alors davantage à rapprocher de la figure compatissante de la Dame aux camélias, même si tout oppose les personnages sur le plan de la description physique (p. 36). Comme Marguerite, Boule de suif devient la victime des conventions et de la pseudo-morale d’une société cynique qui foule aux pieds les valeurs qu’elle prétend défendre. Mais si le sacrifice de Marguerite fait d’elle un personnage tragique et lui permet de regagner l’estime et l’amour d’Armand, celui de Boule de suif ne sera non seulement pas reconnu, mais il sera tourné en dérision par les autres voyageurs.

Boule de suif, « prostituée pleine de dignité » (p. 48), patriote (p. 43 et p. 51) et révoltée, paraît également bien différente de Fantine, victime totalement impuissante de toutes les formes d’aliénation. Si l’attitude des deux personnages face à l’épreuve est radicalement différente, Hugo et Maupassant se servent des prostituées pour tenir un discours critique sur la société.

■ Affiches du film de Christian-Jacque, 1945, cahier photos de l’édition, p. 8.

1. Étudiez le cadrage et la composition des deux affiches. Quels aspects de la nouvelle chacune d’elles illustre-t-elle plus particulièrement ?

La première affiche présente un plan d’ensemble : les personnages sont représentés sur fond de paysage hivernal où chemine une diligence. Les deux personnages se toisent : Boule de suif est représentée de face, les mains sur les hanches, dans une attitude de défi (à noter que l’affiche reprend un plan du film). Les traits du visage de cette dernière n’étant qu’esquissés, l’opposition entre les deux personnages est davantage rendue par le fort contraste des couleurs (la robe verte qui tranche sur un ciel nuageux dont la teinte évoque celle d’un incendie ou des destructions de la guerre).

Dans la seconde affiche, en revanche, les personnages sont cadrés en plan rapproché, le fond monocolore n’évoque aucun lieu précis, mais le geste esquissé par l’officier allemand suggère que la scène a lieu dans une intimité imposée à Boule de suif, qui détourne la tête et garde les yeux fixés sur un point hors du cadre.

La première affiche met en valeur le thème de la résistance et du patriotisme, alors que la seconde présente davantage Boule de suif comme une prisonnière, une victime.

 

2. Comment interprétez-vous le fait que, dans la première affiche, le personnage de l’officier prussien soit représenté à contre-jour ?

Se contenter de représenter l’officier prussien à contre-jour, sous la forme d’une grande silhouette noire, transforme ce personnage en type, le privant de tous les détails qui le doterait d’une identité ou d’une psychologie (à comparer avec la deuxième affiche). Il ne représente plus que l’oppresseur, le bourreau. L’absence de détail met également en relief la posture légèrement déhanchée, suggérant la désinvolture ; le geste du fumeur, et le bras droit posé sur la hanche, donnent l’impression que le personnage pose dans un salon, avec une décontraction étudiée et cynique.

 

3. Quelle affiche trouvez-vous la plus adaptée ? Justifiez votre réponse.

La première affiche permet de mettre en valeur la combativité de Boule de suif et la résistance qu’elle oppose non seulement à l’officier prussien mais plus largement, aux voyageurs (c’est-à-dire à la société de son temps en général) ; elle rend visible la satire que Maupassant mène dans sa nouvelle.

La seconde affiche présente davantage Boule de suif comme une victime, et serait à cet égard plus représentative de la tonalité des dernières pages de la nouvelle, où Maupassant nous décrit les larmes de son héroïne, rejetée par tous ceux qui n’ont pas hésité à la manipuler.

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