Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible

Étonnants classiques

Nom auteur: 

SALM (Constance de)

Titre 2: 

Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible

EAN: 
9782081219830
Prix: 
3,90 €
Nombre de pages: 
160 pages
Description: 

Un soir en sortant de l’opéra, une femme voit son amant disparaître avec une autre. Qui est donc cette mystérieuse Mme de B***, pour entraîner ainsi l’homme qu’elle aime ? Et pourquoi ce dernier la suit-il alors qu’il la connaît à peine ? Voilà notre héroïne en proie au plus terrible des sentiments : la jalousie. Pendant vingt-quatre heures, elle adresse à son amant une succession de lettres, miroirs des émotions qui l’étreignent et se relaient en son cœur, dans lesquelles elle imagine le meilleur comme le pire.

Ce court récit épistolaire a été publié la première fois en 1824, avant de tomber dans l’oubli et de connaître un véritable succès lors de sa réédition en 2007.

 

Dans son dossier, l’édition propose deux groupements de textes : l’un sur la jalousie amoureuse au féminin et l’autre sur la réception de l’œuvre et sa postérité. Elle contient en outre un cahier photos couleurs explorant le portrait féminin comme reflet des émotions.

 

  • Proposition de lecture cursive, en lien avec ce texte : Laissez-moi, de Marcelle Sauvageot.

Histoire des arts – le portrait féminin, reflet des émotions ?

■ Comparaison : La Mélancolie de Constance-Marie Charpentier (1801), Madame de Senonnes de Jean-Dominique Ingres (1814), Jeune Orpheline au cimetière d’Eugène Delacroix (1824), Sapho de James Pradier,

cahier photos de l’édition, p. 5-8

 

1. Dans chaque œuvre (portrait et opéra), quel type de femme est représenté, comment (costumes, attitude…) et dans quelle situation ?

2. Quelle est l’expression du visage de chacune d’entre elles ? Quel est l’effet produit ?

La Mélancolie de Constance-Marie Charpentier (1801)

Une jeune femme est assise à terre une nuit de pleine lune (comme l’indique la clarté très blanche de la robe) dans un décor naturel sombre, largement occupé par un saule pleureur. Son vêtement mêle style Empire et inspiration classique (sandales...). Ses jambes sont à peine croisées. Ses bras retombent le long de son corps : une main est posée sur un genou, l’autre est abandonnée sur le sol, paume vers le ciel, de façon peu naturelle. Le corps est relâché. Son visage de profil est légèrement incliné vers le bas. La bouche, fermée, est sans expression particulière. Le regard, orienté devant, à terre, semble perdu dans le vague. Le titre nous invite à reconnaître dans cette femme une allégorie (représentation personnifiée d’une idée) : cette femme incarne un état d’âme, la mélancolie (soulignée par la valeur symbolique du saule).

Madame de Senonnes de Jean-Dominique Ingres (1814)

 

Une jeune femme est assise au milieu de riches étoffes. Derrière elle, un vaste miroir permet subtilement de montrer une partie de son dos et de sa nuque, mais il contribue également à la détacher sur un arrière-plan très sombre par rapport auquel elle semble projetée en avant, créant ainsi une perspective (Ingres reprendra le motif du miroir dans d’autres portraits féminins). Le vêtement de la femme est luxueux : robe de velours rouge avec rubans et dentelles, nombreux bijoux en or avec des pierres de couleur, coiffure soignée, châle sans doute en cachemire, un tissu alors à la mode. Le visage est sans expression marquée, mais il n’est pas impassible. On peut déceler une certaine sensualité dans le regard franc et la bouche légèrement souriante, dans la transparence du voile masquant si peu la gorge sous la collerette. La distance créée par l’apparat est contrebalancée par l’étrange pouvoir de séduction de cette femme qui soutient le regard du spectateur.

Histoire des arts – le portrait féminin, reflet des émotions ?

Jeune Orpheline au cimetière d’Eugène Delacroix (1824)

Une jeune fille est assise au premier plan (son corps est coupé) devant un cimetière en ruines (tombes et croix visibles en arrière-plan), seule (aucun autre personnage). Son vêtement semble pauvre : simple corsage blanc et jupe dans un tissu d’apparence grossière ou usée. Sa coiffure est peu apprêtée (une ou deux mèches folles à l’arrière). Aucun accessoire ou bijou. Une main est abandonnée sur un genou. Son corps se présente de face, mais comme elle paraît s’appuyer sur l’autre main, son buste est légèrement penché et une épaule un peu plus basse que l’autre se trouve ainsi découverte. Elle semble se reposer un peu ou reprendre haleine. L’expressivité de son visage, de profil, est d’autant plus grande que la tête se découpe sur le ciel clair : regard tourné vers un hors-champ, yeux grands ouverts avec un blanc de l’œil larmoyant et des cernes, bouche entrouverte (sans qu’on puisse imaginer un cri ou une parole). Une impression de détresse se dégage du portrait (causée par la fatigue, la solitude, la vulnérabilité, l’égarement... ?).

Sapho de James Pradier (1852)

Cette statue en marbre blanc représente la célèbre poétesse antique assise sur un rocher ; une lyre en bronze doré, posée à son côté, symbolise la poésie. L’inscription « Sapho » en caractères grecs apparaît en lettres dorées sur le rocher. Le sujet a les mains nouées (doigts entrelacés) autour d’une jambe repliée et croisée sur l’autre. Le rendu du costume antique est remarquable : robe savamment plissée, sandales, coiffure soignée, collier et bracelet. La tunique dénude une épaule et laisse deviner un sein. Sévérité et sensualité s’associent. Sapho penche son visage sur elle-même, il semble fermé, le regard perdu. L’expression est celle d’une méditation intense qu’on peut interpréter comme de la mélancolie. Cette statue représenterait Sapho songeant au suicide (elle se jettera dans la mer du haut d’un rocher).

Les codes esthétiques, des arts et des écoles variés

■ Comparaison : La Mélancolie de Constance-Marie Charpentier (1801), Madame de Senonnes de Jean-Dominique Ingres (1814), Jeune Orpheline au cimetière d’Eugène Delacroix (1824), Sapho de James Pradier,

cahier photos de l’édition, p. 5-8

1. À quel mouvement ou à quelle école appartient chacune de ces œuvres ?

2. Quelles sont les caractéristiques principales de ces mouvements ? Pouvez-vous en repérer des exemples ?

La Mélancolie de Constance-Marie Charpentier (1801)

Cette œuvre appartient au mouvement néo-classique, très en vogue au début du xixe siècle. L’œuvre mêle classicisme de l’inspiration (thème fréquent de la mélancolie) et académisme de la représentation (pose convenue, couleurs froides, drapés précis, visage de statue grecque...). Elle eut un grand succès : elle manifeste parfaitement la recherche du « beau idéal » propre au néo-classicisme (dont le représentant le plus célèbre est le peintre David, qui fut le maître de Charpentier) avec notamment une prédominance du dessin, de la ligne, sur la couleur. Pourtant l’artiste, qui est ici une femme, se place sur le terrain de la peinture d’histoire, la plus noble dans la hiérarchie des genres, et alors réservée aux hommes.

 

Madame de Senonnes de Jean-Dominique Ingres (1814)

Ingres est souvent considéré comme un des derniers peintres néo-classiques, le rival du jeune romantique Delacroix dans le combat qui oppose en peinture les tenants de la ligne aux défenseurs de la couleur. Il s’est pourtant démarqué de David et de sa doctrine du « beau idéal ». Son style réaliste est particulier : il met en valeur des détails précis en s’autorisant quelques entorses à la vérité du réel au profit de la forme et de l’expressivité. Dans Madame de Senonnes, le traitement des étoffes par exemple est très réaliste. Pourtant, l’illusion du réel est mise à mal dans ce portrait par une curieuse position du corps. Le bras droit est trop long par rapport aux données anatomiques et son dessin sert avant tout à envelopper le sujet dans une courbe : l’arrondi du bras qui prolonge celui de l’épaule répond au cercle de la collerette et à l’ovale du visage.

Les codes esthétiques, des arts et des écoles variés

Jeune Orpheline au cimetière d’Eugène Delacroix (1824)

Ce portrait se rattache au courant romantique. Son sujet est semble-t-il moderne, emprunté à l’actualité historique (on a rattaché cette représentation à la révolte grecque, également abordée dans les Scènes des massacres de Scio). La position de la jeune fille n’est pas académique, elle correspond à une recherche de dynamique dans la représentation qui donne au sujet une apparence plus vivante : il existe une tension entre le buste présenté de face et le visage tourné sur le côté, comme si la jeune fille avait détourné son regard vers un événement inconnu du spectateur. Le choix et le jeu de correspondance entre les couleurs est également remarquable : la palette froide renforce l’émotion, avec les couleurs qui se répondent entre le personnage et le décor (brun, ocre, blanc). Le rouge des lèvres et des pommettes, la recherche de contrastes entre les ombres (menton, cou, oreille) et la lumière accentuent l’expressivité. Le portrait manifeste une certaine négligence pour le dessin, souvent présente chez Delacroix et généralement associée à la peinture romantique.

Sapho de James Pradier (1852)

Pradier a produit de nombreuses figures féminines dans un style académique influencé par le courant romantique. Le respect des règles laisse parfois apparaître une liberté dans la création. Ses sculptures sont néo-classiques (style antique et dignité du sujet tiré de l’histoire ancienne ou de la Bible, noblesse de la matière, netteté de la construction...), mais la beauté et l’élégance s’accompagnent souvent de sensualité. Le romantisme en sculpture est plus tardif qu’en peinture, il s’alimente des découvertes archéologiques de l’époque. Sapho peut être considérée comme un sujet ambivalent : figure hellénique certes, mais mythifiée et présentée ici dans une expression originale, celle d’un repli sur soi et d’une expression intime qui donnent à la poétesse lyrique une figure très humaine.

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