C'est à ce prix que vous mangez du sucre : Les discours sur l'esclavage d'Aristote à Césaire

Étonnants classiques

Nom auteur: 

COLLECTIF

Titre 2: 

C'est à ce prix que vous mangez du sucre : Les discours sur l'esclavage d'Aristote à Césaire

EAN: 
9782081357747
Prix: 
4,60 €
Nombre de pages: 
192 pages
Description: 

C’est au xviiie siècle que s’élèvent en Europe les premières voix qui dénoncent l’esclavage. Sa condamnation dans le monde entier n’intervient qu’au milieu du xxe siècle. C'est dire si le chemin qui devait mettre fin à une pratique presque aussi vieille que l’humanité a été long et difficile. Mais, illégal, l’esclavage subsiste : exploitation des plus démunis au mépris des lois, travail forcé des enfants, asservissement des femmes... Nombreux sont ses avatars modernes, atroces et odieux. Et, aujourd’hui comme au temps de l’abolition, il semble nécessaire de rappeler que l’« esclavage est un attentat contre la dignité humaine ».

Pdf de toute l'etude: 

Lecture de l’image 1 : maîtres et esclaves

 

■ Marcel Verdier, Le Châtiment des quatre piquets, huile sur toile, 265 x 200 cm, 1843, The Menil Collection, Houston (cahier photos, p. 1).

1. Décrivez le cadre et les différents groupes de personnages qui composent le tableau. Que nous apprennent-ils sur la scène (

La scène se déroule sous des latitudes tropicales, dans les colonies, comme l’indique le bananier derrière la cabane à gauche du tableau. Cela est confirmé par les costumes des colons blancs et leur position à l’ombre, mais aussi par la quasi-nudité de nombreux personnages de couleur, sans doute accablés par la chaleur.

On peut regrouper les personnages en quatre grands ensembles :

– Au premier plan, attaché au sol, bras et jambes écartés, entièrement nu, l’esclave puni reçoit des coups de fouet d’un autre esclave dont le vêtement le distingue nettement des autres hommes de couleur. Le corps du malheureux – dont les vêtements et les chaînes gisent à terre – se contorsionne dans l’attente des coups de fouet. C’est cette scène qui donne son titre au tableau, Le Châtiment des quatre piquets, punition habituellement infligée aux esclaves fugitifs.

– Toujours au premier plan, à gauche, se trouvent les personnages « blancs ». Il s’agit du maître et de sa famille qui assistent aux coups de fouet.

– Au second plan, à gauche, un couple d’esclaves s’approche, sans doute pour subir le même sort. À droite, un autre couple donne à boire à la victime précédente, dont on distingue seulement la tête. De gauche à droite, les trois scènes juxtaposées donnent à voir tout le déroulement du châtiment.

– À l’arrière-plan, des esclaves travaillent à la plantation.

2. Analysez le jeu des regards. Que nous disent-ils ?

La majorité des regards sont dirigés vers la droite, ce qui oriente le sens de la lecture et attire l’attention sur la scène de flagellation. Mais ils n’expriment pas les mêmes sentiments : l’esclave enchaîné au second plan observe son camarade à terre avec appréhension, sachant qu’il va subir la même punition ; la femme qui l’accompagne détourne la tête, ce qui traduit une angoisse encore plus forte. Les maîtres blancs considèrent le châtiment d’un air détaché, l’homme fixant des yeux l’esclave châtié pendant que la femme contemple le bourreau.

Sur les genoux de sa mère, leur petite fille considère avec effroi ce spectacle, choquant pour un enfant de son âge. Une servante à ses pieds – sans doute sa nourrice, ses vêtements indiquant un statut particulier – tâche de la rassurer, le dos tourné à la scène. On notera au premier plan à gauche un autre enfant, noir et nu, auquel le chien de la famille semble prêter une attention protectrice. L’image comporte ainsi un chiasme entre les deux enfants, la nourrice et le chien, de façon ironique et satirique.

3. Quelle image des maîtres cette œuvre donne-t-elle ? Comment, dès lors, expliquez-vous la décision de retirer ce tableau du Salon ?

Ce tableau donne une image dure et cruelle des colons. En minorité dans l’espace du tableau, abrités à l’ombre et confortablement installés, les maîtres assistent sans broncher au martyre des esclaves fugitifs. Leur manque d’humanité est souligné par deux faits : le châtiment est confié à un autre esclave (comme si les maîtres répugnaient à l’administrer eux-mêmes), et leur enfant est présente, contrainte de regarder le supplice malgré sa répulsion.

La décision politique de retirer le tableau du Salon est liée au caractère militant de cette œuvre, profondément anti-esclavagiste, alors que l’esclavage est encore permis par la loi française à cette date.

Lecture de l’image 2 : grandes figures de la lutte


■ Anonyme, Toussaint Louverture, chef des Noirs insurgés de Saint-Domingue, v. 1800  (cahier photos, p. 2).

Ce portrait possède une dimension hagiographique. Le costume et le harnachement rehaussés d’or, l’arrière-plan dominé par l’homme et sa monture – constitué d’un bateau (négrier ?) et d’une ville fortifiée – le peignent en triomphateur. L’énergie qui se dégage de la représentation est particulièrement frappante : le sabre au clair, le cheval qui se cabre, le mouvement du costume… Le personnage est peint en général de la Révolution française, son costume est aux couleurs du drapeau tricolore.

Il faut mettre cette représentation en parallèle avec le tableau de David, Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard (1800-1803), avec lequel il semble entretenir un véritable rapport d’inter-iconicité. On pourrait même envisager de proposer aux élèves une lecture comparée des deux œuvres pour montrer comment l’image contribue à fabriquer la légende des grands hommes.

 

■ Affiche de Michel Bouvet et Francis Laharrague, La Tragédie du roi Christophe, mise en scène de Jacques Nichet, théâtre des Treize Vents, 1996 (cahier photos, p. 3).

L’œuvre n’a pas du tout le même but que la précédente. Il s’agit bien d’une représentation du roi Christophe (voir p. 141 de l’anthologie) mais on est loin de l’hagiographie.

L’affiche de Michel Bouvet repose sur un chromatisme violent. La couleur dominante est celle du fond, le jaune. Or, si l’on peut facilement attendre des élèves qu’ils évoquent à son sujet le soleil des Antilles, il faut leur rappeler que le jaune est une couleur connotée très négativement dans notre culture. « Dans le petit monde des couleurs, le jaune est l’étranger, l’apatride, celui dont on se méfie et que l’on voue à l’infamie », écrivent Michel Pastoureau et Dominique Simonnet 1.

Le personnage, de dos, est tourné vers le fond, dirigé vers cette couleur ambivalente. C’est un roi noir, à double sens. Sa peau est noire, mais la couronne qu’il porte évoque le jeu des échecs, et donc le jeu pour le pouvoir. Le roi noir, c’est le même et l’inverse du roi blanc. Le roi Christophe est un roi comme un autre, un tyran de plus, semble dire l’affiche. De même, le jeu évoqué paraît annoncer l’échec à venir de cette monarchie.

La couronne est en bois noir, dans la même matière que les pièces du jeu qu’elle évoque. C’est une couronne humble, constituée de tours qui font de la personnalité qui la porte une forteresse vivante, une sorte de gardien… mais gardien de quoi exactement ?

C’est la nature du bois et la nudité du personnage qui nous l’indiquent. Le « bois d’ébène » – c’est ainsi que les négriers désignaient leur cargaison d’esclaves, les réifiant, les réduisant à l’état de choses – et la nudité sont les marques de l’esclavage. On fera noter aux élèves que les nazis employaient le terme Stück (« pièce ») pour désigner les déportés juifs… tout comme ils déléguaient le « sale travail » à des prisonniers juifs eux-mêmes, à l’image des colons dans le tableau de Verdier.

L’image de Christophe apparaît donc ambivalente, tyran et gardien de la mémoire de la traite. C’est une belle interprétation des intentions de Césaire.

 

1 Michel Pastoureau et Dominique Simonnet, Couleurs. Le Grand Livre, éditions du Panama, 2008, p. 78.

Lecture de l’image 3 : allégories

 

■ Jean-Baptiste Carpeaux, Pourquoi naître esclave ?, 1868-1870, plâtre peint, Musée des beaux-arts de Reims ; William Blake, Europe supported by Africa and America, gravure, Londres, 1796 (cahier photos, p. 4).

1. Expliquez en quoi ces deux œuvres relèvent de l’allégorie.

Le buste de Carpeaux représente une femme noire, à demi nue et entravée par des liens. En réalité, cette femme particulière est une image de l’Afrique toute entière et de la traite dont ce continent a été la victime. L’histoire de l’œuvre le confirme : ce buste fait partie d’une série, dont on dénombre huit exemplaires dans des matériaux différents (terre cuite, plâtre, bronze et marbre), servant d’étude pour le personnage de l’Afrique pour la fontaine des Quatre-Parties-du-Monde ou fontaine de l’Observatoire à Paris. Sur le monument définitif, l’Afrique a bien le même visage ; mais une peau de lion, autrement symbolique, remplace les cordes.

La gravure de Blake est plus explicite encore. L’Afrique, l’Europe et l’Amérique sont trois jeunes femmes nues facilement identifiables : l’Europe blonde, à l’immense chevelure – symbole de sa démesure ? –, la peau blanche, le teint rosé, ceinte d’un long collier de perles – symbole de richesse –, est tenue, voire soutenue, par une Africaine et une Amérindienne. Les couleurs de la gravure met en valeur les différentes teintes des corps, toutes trois d’une égale sensualité.

2. Quels éléments sont symboliques de l’esclavage dans ces deux œuvres ?

Le buste de Carpeaux porte une corde qui traverse sa poitrine. À la forme des épaules, on devine que la jeune femme a les bras ligotés dans le dos. Cette femme symbolise donc la condition d’esclave.

Dans la gravure de Blake, l’Afrique et l’Amérique portent des « bracelets » en or qui évoquent les fers de l’esclavage. Quant au lien qui unit les trois personnages, il s’agit sans doute d’une tresse de tabac, plante cultivée dans les colonies, comme le sucre, et destinée aux plaisirs des Européens.

3. Quel est le rôle du titre de ces œuvres ?

Les titres permettent d’expliciter le discours des images : ils révèlent l’intention de l’artiste, qui est d’interroger la condition d’esclave et le rapport entre les trois continents.

En rapprochant le titre Pourquoi naître esclave ? de l’attitude du personnage de Carpeaux, on comprend que le mouvement de sa tête, son regard levé vers le ciel et son expression de défi disent le refus de la condition d’esclave, en réponse à la question de l’artiste.

De même, dans la gravure de Blake, l’Europe baisse les yeux sur le sol, alors que l’Afrique et l’Amérique plongent leurs regards dans celui du spectateur, comme pour l’interroger sur le fait qu’elles aient à « soutenir » leur sœur.

 

Cette lecture d’image peut être conçue comme une séance préparatoire à la séance 5, dans laquelle la gravure de Blake est mise en parallèle avec trois textes du xviiie siècle.

Lecture de l’image 4 : l’esclave et la mode orientaliste

 

■ Jean Lecomte du Noüy, L’Esclave blanche, 1888, huile sur toile, Musée des beaux-arts de Nantes ; Jean-Léon Gérôme, Le Marché d’esclaves, v. 1866, huile sur toile, Clark Art Institute, Williamstown (cahier photos, p. 5).

Chez les deux orientalistes, l’esclavage est un prétexte à la peinture d’un corps nu féminin. Le nu, en peinture, doit toujours être justifié – jusqu’au début du xxe siècle – afin de ne pas être scandaleux. Ici, la justification passe par l’imaginaire de l’Orient et surtout par le fantasme du sérail ou du harem.

Les deux tableaux se situent dans un Moyen-Orient imaginaire comme le montrent l’architecture et les costumes des personnages.

Chez Gérôme, l’attention aux costumes est d’ailleurs déterminante : l’acheteur et le vendeur n’appartiennent visiblement pas à la même classe sociale. Le marchand, à droite, qui est reconnaissable à son bâton et qui tient l’habit qui couvrait la jeune femme nue, est vêtu simplement. L’acheteur est un homme riche comme le prouvent ses vêtements, et il est sans doute accompagné par des serviteurs. Il inspecte la dentition de la jeune femme dénudée dans un geste qui la réduit à l’état d’objet, mais qui est éminemment sensuel et donc laisse imaginer que cette jeune esclave, choisie pour sa beauté parmi ceux qui se trouvent assis à l’arrière-plan, va servir d’objet sexuel. Toute la scène est centrée autour du corps nu et entièrement construite pour lui.

Chez Lecomte du Noüy, la scène se situe dans le harem même. Le personnage est nu, richement paré comme en attestent les tissus brodés, les bagues et le bijou qu’elle porte dans les cheveux. Ici tout dit le plaisir : la cigarette que la jeune femme fume, mais aussi les mets délicats qui se trouvent à sa portée. La jeune femme rousse est une Occidentale, sans doute enlevée et séquestrée dans des conditions qui sont loin d’évoquer l’esclavage. Objet sexuel, elle est choyée par son ravisseur. L’érotisme de la position, qui laisse deviner la naissance des fesses, la courbe du sein, est à rapprocher de la grande odalisque d’Ingres qui, comme ici, expose un dos désirable. D’autres esclaves, noires, moins chanceuses, au second plan, sont en train de faire la lessive, détail raciste s’il en est…

L’image de l’esclavage est, dans ces tableaux, totalement inattendue, sensuelle, érotique et faite pour parler aux fantasmes masculins d’une société occidentale très machiste.

Lecture de l’image 5 : un fléau toujours d’actualité

 

■ Banksy, Slave Labour (ou Bunting Boy), 2012 ; Tony Auth, Just do it : the Meaning behind it, dessin de presse paru en juin 1997 dans The Philadelphia Inquirer (cahier photos, p. 6).

 

Les deux œuvres sont des œuvres engagées. Le dessin de presse et sa dimension satirique ne sont pas ignorés des élèves de première : la dimension allégorique est encore ici à souligner. La marque Nike est représentée par un Américain obèse et violent qui hurle le slogan de la marque et brandit son logo comme une arme, un fouet ou un bâton. Cinq enfants aux traits asiatiques s’affairent, apeurés, devant des chaussures qui portent le logo de la marque. La domination de l’homme blanc, bien nourri, profiteur de la misère du Tiers-Monde, se lit non seulement dans la violence du geste, du cri, mais aussi dans la taille du personnage qui prend une place démesurée dans l’image. Celle-ci fait naître un rire grinçant, typique de la satire. À l’époque de la publication de ce dessin, Nike avait admis « employer » des enfants – c’est-à-dire user de travail forcé –, essentiellement au Pakistan et au Cambodge, pour fabriquer ses produits.

L’œuvre de Banksy relève de la même dénonciation. Son originalité tient à l’utilisation d’une banderole réelle qui semble surgir de la machine à coudre « antique » sur laquelle est affairé un très jeune enfant aux traits asiatiques, pieds nus, agenouillé dans une position inconfortable. Cet effet de trompe-l'œil fait surgir l’objet réel du travail dans la rue, sous les yeux du spectateur. L’œuvre dénonce, comme la caricature, le travail des enfants du Tiers-Monde par une double proximité temporelle et géographique : elle a été réalisée quelques semaines avant les Jeux olympiques de Londres – et renvoie donc à la même problématique que le dessin de Tony Auth – et tout près d'un magasin de la chaîne Poundland, qui vendait en 2010 des produits fabriqués dans des ateliers de misère en Inde : la découverte d'un enfant de sept ans qui y travaillait avait alors mis le feu aux poudres.

On pourra intéresser les élèves au street art, par son aspect subversif – est-il normal de dessiner comme cela sur les murs ? – mais aussi par l’histoire de cette œuvre qui parle de la spéculation autour des œuvres d'art et qui dépasse l’artiste lui-même…

Lecture de l’image 6 : devoir de mémoire

 

■ Robert Poughéon, Portrait de Victor Schoelcher, billet de banque du département de la Réunion, 1965 ; photographie de la statue vandalisée de Victor Schoelcher, événement survenu le 12 septembre 2013 dans le bourg de Schoelcher en Martinique (cahier photos, p. 7).

La comparaison du billet à l’effigie de Schœlcher et la photographie de sa statue mutilée peut faire réfléchir les élèves, pas toujours familiers avec l'histoire de l’esclavage – excepté dans les départements d'outre-mer –, à la douleur encore vivace que ressentent les communautés créoles contemporaines face au problème de la traite.

Le billet est un objet de la vie courante mais le dessin qu’il porte a une valeur hagiographique, dimension qui a totalement disparu avec l’usage de l’euro. On rappellera aux élèves que les billets de banque ont porté les figures de Voltaire, Montesquieu, Delacroix, Descartes, Hugo, plus récemment de Gustave Eiffel et des époux Curie… Ici, il s’agit de célébrer la figure de Victor Schœlcher : ce dernier tient à la main gauche, proche de sa tête, une feuille roulée sur laquelle on peut lire « Abolition de l’esclavage » ; de l’autre main, il repousse loin de lui les fers et chaînes des esclaves. Le portrait est hagiographique. On s’interrogera néanmoins sur le fait que les billets qui portent la figure de Schœlcher n’étaient destinés qu’aux départements d'outre-mer : est-ce à dire que, pour les métropolitains, il était une figure négligeable ?

La photographie de la statue de Victor Schœlcher mutilée est à mettre en rapport direct avec cette hagiographie républicaine à destination des DOM. Le visage de la statue a été arraché, le monument recouvert d’inscriptions rouges. La couleur est celle de la révolte et entre en écho avec le « Viva la révolution » qu’on peut lire sur d’autres photos de la statue. Ce vandalisme traduit une haine et une incompréhension de la part de ses auteurs, et montre combien le sujet est encore délicat dans des terres qui ont connu l’esclavage. Lorsque certains ne voient pas l’intérêt pour la République de faire amende honorable et se dressent contre la loi de Mme Taubira (Dossier, p. 161-166), on peut en conclure qu’ils n'ont pas conscience que l’histoire de la traite négrière a laissé dans des terres où vivent les nôtres des plaies toujours ouvertes.

 

■ Jean-Michel Basquiat, Slave Auction, 1982, collage de papiers froissés, pastel gras et acrylique sur toile, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris (cahier photos, p. 8).

1. Dans ce tableau, qu’est-ce qui permet d’en comprendre le titre ?

Slave Auction signifie « marché d’esclaves », et plus particulièrement un marché qui vendait les esclaves aux enchères (cf. Dossier, p. 167). À droite du tableau, on peut voir l’estrade où se tient le vendeur à la face blanche devant les portraits des esclaves en vente. On notera que Basquiat dessine les visages noirs selon l’usage des cartoons, dénonçant à cette occasion l’image raciste que les dessins animés développaient.

Au centre du tableau, on distingue un bateau de couleur or, peut-être un négrier représentant la richesse que les esclavagistes tiraient de la vente d’êtres humains.

2. Quels éléments sont porteurs d’une forte symbolique ?

Ce tableau rassemble plusieurs éléments fortement symboliques, le plus évident étant le crâne surmonté d’une couronne d’épines qui se trouve dans le sillage du bateau. Cette image christique symbolise la « passion », c’est-à-dire la souffrance, du peuple africain déporté vers le Nouveau Monde.

On notera aussi que le bateau partage le tableau en deux, séparation appuyée par la peinture bleue qui l’entoure et ruisselle jusqu’au bas de la toile. Cette couleur évoque l’océan qui englobe et sépare Afrique noire, à gauche, et Nouveau Monde esclavagiste, à droite. Le dessin quasiment enfantin qui apparaît dans la partie gauche, africaine selon notre lecture du tableau, dit-il la naïveté au sens noble, c’est-à-dire l’innocence du peuple déporté ?

Le costume du marchand d’esclaves est lui aussi symbolique : il renvoie au Baron Samedi, l’esprit de la mort et de la résurrection dans la culture vaudou (culte né de la traite, par l’hybridation des croyances chrétiennes et africaines). Le baron Samedi vit à l’entrée des cimetières et peut se mettre sur la route des esclaves morts qui retournent dans leur pays natal. Comme le Baron Samedi, le marchand d’esclaves est celui qui interdit le retour chez soi.

3. Comment interprétez-vous le personnage représenté sur le papier collé de couleur rose ?

Le dessin dans ce papier rose représente un joueur de football américain. Cette référence à la culture populaire des États-Unis se double des lettres PKR, allusion probable au jazzman américain Charlie Parker. La présence de telles références au premier plan du tableau a de quoi surprendre le spectateur. Est-ce une forme de reconnaissance de l’artiste pour des hommes qui le fascinent ? Est-ce une dénonciation de la place faite aux Noirs dans la société américaine avant l’élection d’Obama, qui ne leur offrait que le sport et le spectacle comme voies de réussite sociale ?

 

Ce tableau célèbre une forme de syncrétisme culturel et historique, à l’image des techniques mêlées qu’il emploie. Riche de sens, il fait entrer dans les musées l’art de la rue et du graffiti dont Basquiat est issu.

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