Lancelot ou le Chevalier de la charrette

Étonnants classiques

Nom auteur: 

CHRÉTIEN DE TROYES

Titre 2: 

Lancelot ou le Chevalier de la charrette

Nouveaux programmes
EAN: 
9782081349377
Prix: 
2,80 €
Nombre de pages: 
160 pages
Description: 

À la cour du roi Arthur, pendant le festin de l’Ascension, un prince étranger, Méléagant, vient troubler la fête: il lance un défi au roi, affronte en duel son sénéchal et, pour prix de sa victoire, enlève la reine Guenièvre. Lancelot, le preux chevalier, entreprend alors de la délivrer...

Le dossier propose des exercices pour se familiariser avec l'univers chevaleresque et merveilleux du roman de Chrétien de Troyes. À l'appui de photographies extraites de Lancelot, des Chevaliers de la Table Ronde et d'Excalibur, il présente la postérité de la légende du roi Arthur au cinéma.

Pdf de toute l'etude: 

Lecture de l’image 1 : défis, épreuves et duels

 

■ Miniature du cycle de Lancelot-Graal : Lancelot du Lac, 1344 (cahier photos, p. 4)

1. Quels sont les lieux représentés dans cette miniature illustrant les aventures du chevalier de la charrette ?

De gauche à droite, on reconnaît le pont de l’épée surplombant « une eau profonde, sombre et perfide, aux flots tumultueux » (p. 57), la rive du fleuve où sont enchaînés « deux lions ou deux léopards » (p. 58), et un donjon ou château « puissamment fortifié » (p. 51).

2. Quelles péripéties représente-t-elle ? Pour les raconter, quels détails du récit sont conservés ?

La miniature représente les trois exploits que Lancelot doit accomplir : traverser le pont de l’épée, vaincre les deux animaux puis affronter Méléagant en combat singulier.

Le miniaturiste n’a pas représenté les compagnons de Lancelot, qui tentent de le dissuader de franchir le pont et « laissent libre cours à leurs soupirs et à leurs larmes » lorsqu’ils voient le héros s’engager sur l’épée acérée au-dessus de l’eau (p. 59). Soit il n’a pas souhaité surcharger l’image, soit il veut concentrer l’attention sur le héros pour rendre son geste plus noble encore.

C’est peut-être le même désir de magnifier le courage de Lancelot qui l’amène à le représenter affrontant les deux fauves. Pourtant, cette péripétie ne se trouve pas dans le récit. En effet, même si on l’a prévenu qu’il aurait à vaincre les bêtes, arrivé sur la rive, Lancelot « regarde attentivement : rien, pas même un lézard, pas la moindre bête dangereuse ». Il se rend compte qu’il a été victime d’un enchantement (p. 59) et le combat représenté n’a pas lieu.

Enfin, contrairement à la première vignette, très simple, le miniaturiste a multiplié les détails de la troisième partie, le duel entre Lancelot et Méléagant. De cette manière, il donne à voir la magnifique architecture du donjon et les personnages qui se pressent aux fenêtres pour assister au combat (p. 70).

La miniature concentre donc en un seul panneau des épisodes narratifs différents, puisque le combat entre Lancelot et Méléagant a lieu le lendemain de la traversée du pont.

3. Pourquoi le personnage central est-il dédoublé à deux reprises ?

Comme s’il s’agissait des vignettes d’une bande dessinée, le personnage principal est représenté trois fois, dans trois postures différentes. À chaque apparition, sa stature semble augmenter : Lancelot est à genoux sur le pont, puis debout, l’épée brandie, pour combattre les fauves, enfin à cheval pour affronter l’ennemi qui sort du château. On peut également remarquer que le cadrage des scènes varie. On passe d’un cadrage relativement serré à un autre plus large, comme par un effet de « travelling » arrière. L’image semble ainsi suggérer que chaque exploit est plus grand que le précédent.

Enfin on peut noter le somptueux fond rouge et or qui unifie l’ensemble et permet de faire ressortir le l’écu de Lancelot, objet symbolique qui permet d’identifier le héros.

Lecture de l’image 2 : postérité des romans de chevalerie

 

■ Affiche du film Les Chevaliers de la Table Ronde, de Richard Thorpe, 1953 ; affiche du film Lancelot du Lac, de Robert Bresson, 1974 (cahier photos, p. 8)


Comparez les deux affiches et répondez aux questions suivantes :

1. Quels éléments évoquent l’univers médiéval ?

La première affiche, qui consiste en un montage de différents clichés, est descriptive : elle représente de manière réaliste des personnages en costumes d’époque (ou du moins tels que le metteur en scène les reconstitue). Les acteurs sont armés d’une épée et protégés par des armures ou des cottes de mailles. Le personnage principal brandit son épée dans un geste de salut rituel avant le combat, ou peut-être d’hommage à son suzerain.

La seconde affiche est beaucoup plus économe de moyens : elle se contente de suggérer l’univers médiéval à partir de quelques éléments symboliques (le cheval, l’armure). Elle fonctionne donc comme une métonymie, qui représente le tout par la partie.

2. Quelles sont les couleurs dominantes ? Qu’évoquent-elles ?

Les deux affiches sont remarquables parce qu’elles n’utilisent qu’un petit nombre de couleurs, très vives : du bleu pour le fond ou le ciel, un camaïeu de gris pour les armures et armes des personnages, du noir pour le cheval et enfin deux zones rouges (le vêtement dans la première affiche, la tache de sang dans la seconde).

L’emploi d’un nombre limité de couleurs dans des teintes saturées rappelle l’héraldique, c’est-à-dire l’étude des blasons, ces symboles dessinés sur les écus et identifiant une famille noble. L’héraldique, qui a développé son propre vocabulaire, ne mentionne que très peu de teintes, nommées émaux : le noir (appelé « sable »), le rouge (« gueule »), le bleu (« azur ») et beaucoup plus rarement le vert (« sinople »). S’y ajoutent deux « métaux » : l’or et l’argent. Avec leurs couleurs peu nombreuses et limitées à celles qui dominent dans l’héraldique, ces affiches de film se présentent elles-mêmes comme des « blasons ».

3. Analysez le cadrage et la composition générale des deux affiches : que peut-on en déduire sur la représentation du « roman de chevalerie » par les deux réalisateurs ?

La première affiche est un montage complexe qui superpose une scène de combat singulier de petite échelle à un grand portrait du héros en « plan poitrine ». On peut remarquer également que le personnage est représenté en légère contre-plongée, ce qui accentue lla force et la dignité qui se dégagent de son visage. L’affiche est également structurée autour d’une diagonale, figurée par l’épée du héros, pointe en haut, ligne prolongée par l’arme pointée vers le bas dans la scène de combat.

Les deux éléments mis en valeur par cette image sont donc la noblesse du héros et le combat singulier. Ils laissent présager une lecture assez conventionnelle du roman de chevalerie, exaltant la figure du chevalier telle qu’elle est représentée dans les romans courtois.

La seconde affiche est beaucoup plus sobre : elle ne représente qu’un personnage tombant de son cheval, présenté de façon frontale au centre de l’affiche, et recourt à un dessin stylisé, sans perspective ni volonté de représentation illusionniste. Aussi, son message est beaucoup plus ambigu. La figure du chevalier en pleine chute fait penser au chevalier félon du tympan de Conques (p. 7 du cahier photos).

On peut ajouter que la posture spectaculaire du cheval et de son cavalier désarçonné est également l’inversion d’un motif héraldique traditionnel, le cheval cabré.

Le dessin contribue également à l’impression d’ambiguïté : exagérant certains détails comme la rondeur des articulations de l’armure ou l’œil exorbité du cheval, il relève d’une esthétique proche de celle de la bande dessinée humoristique et frôle la caricature. De plus, le chevalier représenté n’est doté d’aucun attribut guerrier (telle l’épée pour figurer le combat ou la vaillance). On est donc tenté d’interpréter cette figure comme celle d’un héros vaincu, voire d’un antihéros ou d’un traître.

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